Les bouts de chandelle
Garder son feu
J’aime les chandelles. J’aime leur parfum. J’aime leur forme parfois excentrique. J’aime en avoir des bonnes réserves chez moi.
Craquer une allumette. Entendre le son du soufre sur le petit bâton de bois. Voir l’étincelle s’animer en flamme.
Chaque fois, je prends bien soin d’amener la flamme de l’allumette à la mèche de la chandelle. Dans un geste rituel, je me prends presque pour une Olympienne responsable de la FLAMME!!!
J’allume. J’éteins. Je rallume. La lumière jaillit. Les notes fruitées ou florales embaument mon appartement. À défaut d’avoir un foyer dans mon salon, je crée l’illusion d’un âtre réconfortant sur mon meuble de télé.
Depuis la pandémie je me suis improvisée cirière de fortune en faisant fondre des blocs de cire de soya que j’ai parfumé à mon goût dans de petits lampions. Je continue depuis.
Je récupère les fonds de bougies en pot. Je les collectionne jusqu’à en avoir suffisamment. Je m’applique à faire fondre doucement la matière. Les couleurs et les fragrances se mélangent. Je coule de nouvelles chandelles. La taille parfaite pour le rebord de ma baignoire. Toujours cette flamme qui m’accompagne.
Clairement de l’économie de bout de chandelle. Pourquoi se donner tant de trouble pour si peu me demanderont certains.
Je ne possède pas les méthodes et savoirs anciens. Je fais comme je peux. Je suis mon envie et mon instinct. Cette activité me fait du bien. C’est une façon de m’arrêter. De faire les choses consciemment. Je récupère des petits morceaux de chandelles comme je recolle tranquillement mes morceaux.
J’ai toujours porté en moi un désir. Une flamme. Un petit feu. L’étincelle qui naît dans le coeur, qui pétille dans le cerveau et qui se termine en feu d’artifice dans les yeux.
“Attention le feu, c’est chaud, c’est dangereux!” disait une certaine chanson de mon adolescence. Je pourrais parler de désir charnel. J’ai plutôt envie de parler de pulsion de vie.
Ce matin, dans le bureau de ma psy, je pleurais. Je disais que j’avais peur de “trop bien aller”. N’est-ce pas paradoxal?
J’ai compris que depuis quelque temps, je suis en hypervigilance. Je suis sur mes gardes. J’ai peur qu’on fasse des commentaires sur ma façon d’être. J’ai peur qu’on questionne mon état. Je redoute de me faire invalider dans ma condition d’Éclopée.
Personne n’a jamais rien dit de tel. Mais il y a tout un conseil d’administration dans ma tête qui le pense à ma place. Qui brûle ma mèche de l’intérieur.
Mon côté rationnel comprend très bien que je ne dois à personne. Que je peux vivre ma vie à ma façon et comme ça me plaît.
Il y a cependant un noeud à défaire entre le coeur et la tête. Je dois déconstruire avant de tout parte en une seule flambée.
J’ai l’impression que ma chandelle se brûle parfois par les deux bouts. D’un côté les circonstances de vie. De l’autre mon cerveau intransigeant. Au centre une Éclopée qui commence à avoir chaud, mais qui ne veut pas vivre dans le noir.
Je souhaite que la flamme demeure. Qu’elle m’habite sans me consumer.



C'est pas la première fois que tu mentionnes cette impression de te sentir trop bien dans ta condition... comme si tu trouvais ca malhonnete, comme si, pour être vraiment in tune avec les mots, le corps, tu devrais encore brailler ta vie sur les pertes, te cacher, ou souffrir mentalement encore plus. Ça me semble etre un cas typique de culpabilité du survivant... une impression de tricher, de te sentir mieux que ce que tu devrais, et qu'on te prendra en flagrant délit de fraude à l'handicap... je peux me tromper naturellement, je ne suis pas medecin, mais j'ai lu que ça existe et que c'est même assez fréquent. J'imagine que ça passe avec le temps, ça aussi... et si je suis dans le champ, laisse le moi savoir!!
Hyper vigilances, on partage ça aussi, batman à côté de moi c'est un amateur 😂