Vivaldi: Captive [l'hiver]
3 de 4, texte écrit suivant la musicalité des Quatre Saisons de Vivaldi
Courir dans la neige sans raquettes et sans repères dans cette grande forêt de conifères. Vouloir se sauver. Sauver sa peau. Sauver sa vie. Le soleil qui se couche à l’horizon n’est qu’un appât illusoire. Sentir le souffle s’échapper. Avoir du mal à respirer. Sentir l’hiver prendre possession de sa gorge, paralysant ainsi tous les sons qui pourraient exprimer une quelconque détresse. Le froid progresse dans chaque centimètre de son corps. Son corps qui ne lui appartient déjà plus. Ensevelie sous la tempête; chaque flocon lui brouille la vue. Ou bien était-ce sa peine qui n’avait pas encore eu le temps de se figer sur ses joues? Chaque bourrasque lui fouette le visage. Son esprit se ferme pour tenter de préserver ce qu’il lui reste de lucidité. La mémoire, prise dans la glace; les souvenirs ne referont surface qu’au printemps. Débâcle annoncée.
Elle est inerte dans un lit-tempête. L’Hiver a déversé son manteau blanc sur ce territoire qui hurlait ne pas vouloir. L’Hiver n’a pas d’oreilles. Il n’écoute pas, n’est qu’un écho froid qui se perd dans la nuit. Son vent mord la peau avec des crocs acérés qui ne font pas toujours couler le sang, mais inconditionnellement les larmes. Quand l’Hiver arrive, il n’y a pas de refus possible. C’est un Hiver inévitable, un Hiver inépuisable.
Dans cette forêt immense, elle se sent minuscule. Il n’y a personne pour lui tendre la main, pour tenter de la réchauffer un peu. Statue de glace, elle est prisonnière de son corps et de ses pensées qui dévalent la pente enneigée de la honte à vive allure. Elle voudrait tout effacer : l’Hiver et ses dommages sur son corps et son cœur. On ne peut pas effacer une saison. Malheureusement. Les journées-tempêtes ne sont-elles pas censées faire du bien?
Blanche. Livide. Tout son sang s’est volatilisé l’espace d’un instant, l’air de la pièce comprimant ses tympans au maximum.



