V pour verdict
“Et puis le procès?”
“Est-ce qu’il s’en v en dedans… pour longtemps?”
“Tu dois avoir hâte de passer à autre chose, pour avancer.”
Ces phrases, je les ai entendues assez souvent dans les derniers mois. Surtout la dernière. Je ne savais jamais trop quoi répondre, car malgré le fait qu’il y a tout un aspect judiciaire à mon histoire d’Éclopée, j’avais un peu l’impression que c’était une histoire en parallèle de la mienne.
Et bien on y est. Le vendredi 10 juillet 2026, 28 mois exactement après les faits, le juge a été en mesure de prononcer son verdict et donner sa sentence à l’accusé. Je vous partage aujourd’hui le dénouement de cette saga.
Pour la petite histoire, voici des dates clés pour vous aider à vous retrouver dans la chronologie des faits.
- 10 mars 2024, collision.
-juin 2024, arrestation et accusation portée contre la personne responsable.
-10 avril 2025: l’accusé plaide [enfin] coupable au chef d’accusation de conduite dangereuse causant des lésions corporelles graves.
-7 octobre 2025: journée des représentations sur peine, j’ai l’occasion d’aller témoigner au palais de justice et faire entendre comment ma vie n’est plus la même.
Après la journée des représentations sur peine, le juge dit être prêt à rendre son verdict en février 2026. Cependant, une bonne histoire comporte de nombreux rebondissements… Au retour des Fêtes on m’appelle pour m’aviser que le juge est en arrêt maladie. Ce que je n’avais jamais pensé qui pourrait arriver. Report à une date indéterminée.
En avril 2026, le juge revient en pleine forme et serait prêt à rendre son verdict en mai. MAIS. COUP DE THÉÂTRE: l’avocate de la défense transmet la demande de son client: monsieur voudrait un report à la fin septembre, car “ il ne veut pas manquer trop de travail sur un chantier de construction”. Moi entre temps, on m’a confirmé des séquelles permanentes et une incapacité à retourner pratiquer mon métier. C’est ironique.
Le juge coupe la poire en deux et annonce que ce sera finalement le 10 juillet 2026 qu’il rendra son verdict dans la cause.
C’est très impressionnant d’entendre un juge rendre sa décision. Je n’ai aucune expérience du système judiciaire et je sais que mes référents de séries télé ne sont pas très valables. Alors c’était la première fois que j’assistais à une telle performance. Le juge a parlé pendant près d’une heure. Rappelant les faits de la cause, reprenant des éléments des témoignages de la couronne et de la défense. Expliquant ensuite tout son cheminement de pensée en se basant sur la loi, la jurisprudence et son jugement à lui.
La défense avait demandé une peine à purger dans la collectivité ainsi qu’un dédommagement monétaire à mon égard.
La couronne avait demandé une peine d’emprisonnement ferme de 12 mois ainsi qu’une interdiction de conduire pendant 3 ans.
Le juge a tranché en annonçant:
-9 mois d’emprisonnement ferme
- 2 ans de probation à la sortie de prison (bonne conduite, ne pas troubler la paix, ne pas entrer en contact avec moi de quelque façon que ce soit).
Considérant que l’accusé ne conduit pas depuis maintenant 2 ans (il avait une interdiction de conduire durant toute la durée des procédures), il n’y a pas d’ajout de ce côté. Il pourra donc reprendre le volant à sa sortie de prison.
Suis-je contente? Satisfaite? Heureuse? Soulagée?
Je vais vous le dire, c’est tellement complexe comme ressenti… J’écris ces lignes 2 jours plus tard et je ne sais pas exactement comment nommer tout ce qui me traverse.
En toute honnêteté, je souhaitais que l’accusé aille en prison.
Parce que mon corps est devenu ma prison en quelque sorte. Aussi parce que je souhaitais qu’il vive ce que c’est d’être dans un environnement où il n’a “pas le choix”. Il sera contraint de s’adapter à son environnement comme moi j’ai dû le faire dès mon entrée à l’hôpital.
Je ne suis pas capable de dire si la durée est trop courte ou non. On m’a bien expliqué qu’il était fort possible qu’il ne purge pas les 9 mois complets. J’essaie de ne pas trop y penser. J’essaie me concentrer sur le fait qu’il entre en prison et qu’il y est au moment où je vous écris ces lignes.
Ma “satisfaction” vient de la métaphore que je trace entre mon corps et ses barreaux. Je n’ai pas sauté de joie à l’annonce du verdict. Je n’ai pas eu d’empathie non plus quand je l’ai vu entrer dans le camion-cellule menotté. J’ai le sentiment qu’il vivait la conséquence de ses actes. Est-ce ça la justice? Je l’ignore.
Le milieu carcéral n’est pas un tout inclus. Il ne s’en va pas en vacances. Il s’en va réfléchir (c’est que j’espère). Je suis très au fait que les autres détenus qu’il va côtoyer ne sont pas des enfants de choeur. Je ne souhaite pas qu’il subisse quoi que ce soit en dedans. J’ai le désir que ce passage le transforme, le fasse mûrir. Mais rendu là; ça ne m’appartient pas. Je dois continuer d’avancer la tête haute comme je l’ai toujours fait.
C’est une page qui se tourne dans mon histoire, certes. Je suis consciente que peu importe la sentence prononcée, mes jambes ne me reviendront pas comme avant. Ça ne change “ rien” pour moi.
J’ai cependant le sentiment d’avoir été largement considérée dans le jugement du juge. J’ai senti toute son empathie à mon égard. Il a repris de grands extraits de mon témoignage livré en octobre. Il s’est adressé à moi à la fin, une fois que l’accusé a été emmené à l’extérieur de la salle d’audience: me souhaitant le meilleur pour la suite et saluant mon courage. J’ai senti que j’étais une humaine à part entière et non pas un numéro de dossier. Ça met un baume en quelque sorte sur un système judiciaire que j’appréhendais froid et gris.
Quelle est la suite? Pour l’instant, c’est d’aller me reposer et mettre de la chaleur sur mes genoux.
Ce que j’ai cependant comme conviction profonde, c’est que mon histoire ne servira pas à rien. Je souhaite faire fleurir le beau. Je souhaite partager. Je désire sensibiliser. Donner des conférences, écrire et même fouiller la loi. Je me questionne depuis plusieurs mois à savoir comment c’est possible d’avoir encore un permis de conduire après 51 constats d’infraction au Code de la route. Il y a certainement quelque chose à creuse là.
Je continue. Je ne lâche pas!




Je suis heureuse pour toi que tout soit enfin reglé. Je sais bien trop que ça ne changera pas les faits. Mais tu auras un poids de moins sur tes épaules. Je suis fière de toi et de ton grand courage 🫶🏼🌸
Rien ne sera plus jamais comme avant, mais ton amour de la vie te guide. Merci pour ce partage sincère, comme toujours. 🩷🩷🩷