Ottawa
Audere est facere
Voyager.
Être en déplacement. Voir du pays. Découvrir le territoire, mais se découvrir soi-même. Voilà une grosse case que je peux maintenant cocher sur ma Bingo card de 2026.
AUDRE EST FACERE
“Oser, c’est faire”.
Voilà la locution latine que j’ai choisie pour guider mon année 2026. C’est la 2e année que je prends le temps en début d’année de me créer un mood board avec des images qui m’inspirent, mais surtout que j’aspire à réaliser. Je n’ose pas appeler ça des résolutions, parce qu’on dirait que ça donne trop de prétextes pour les abandonner. Pour accompagner ces images, des mots en latin. Je ne pourrais pas expliquer pourquoi, mais cette langue morte m’a toujours attirée. J’y vois quelque chose de précieux et mystérieux à la fois. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose de plus puissant et plus noble dans le fait de poser une intention en latin.
Toujours est-il que j’avais placé sur mon tableau d’inspirations le cliché d’une femme qui voyage en train. Un gros défi que je souhaitais réaliser cette année. Je suis fière d’écrire ces lignes “post-premier-voyage-post-collision”. (Vous me le diriez hein si j’abusais des traits d’union?)
Dès mon adolescence, j’ai eu un intérêt fort pour le voyage. Ça me fait sourire, parce que personne dans ma famille n’a ça dans son sang. J’aime me dire que j’ai hérité ça d’un lointain ancêtre coureur des bois.
J’ai eu la chance de visiter plusieurs villes jusqu’à présent.
Lyon, Paris, New York, Philadelphie, Washington, Rennes, Charlottetown, Halifax, Vancouver, Victoria, Nancy, La Nouvelle-Orléans, Bâton-Rouge.
C’est certain que je rêve déjà de reprendre l’avion pour aller explorer d’autres pays d’Europe. Le Portugal, l’Italie, la Norvège me font beaucoup envie. Cependant, avec ma condition, je dois faire des choix judicieux. J’ai de la difficulté à rester trop longtemps assise. Je me fatigue assez vite une fois debout… Mais j’ai quand même envie d’explorer quelque chose de mieux que le dépanneur au coin de la rue chez moi.
Alors Ottawa, chère capitale canadienne s’est invitée sur ma table à dessin. Destination accessible en train (5 heures, c’est très bien, surtout en considérant que je pouvais me lever à la ma guise et j’ai pris un billet en classe affaire pour avoir de l’espace pour mes jambes).
Ce texte n’est pas un résumé de voyage avec mes coups de coeur de la ville et mes meilleures adresses resto!
Ce texte se veut un constat.
Même après 2 ans et demi, je découvre encore certaines facettes de mon corps. Je continue de cohabiter avec une nouveauté certaine. Les réflexes d’avant ne sont jamais loin. je trouve cependant que je fais une bonne équipe avec mon corps; mes jambes surtout. Ce sont elles les baromètres maintenant.
Je suis vraiment heureuse de ce que j’ai vu, fait, goûté, senti.
J’avais dans l’idée de partir seule, car mon indépendance et mon autonomie est quelque chose de précieux. Ma chère maman m’a toutefois demandé de m’accompagner. Ma mère est un peu mère poule. Elle n’était pas du tout en paix de savoir son Éclopée de fille déambuler dans les rues de la capitale seule. J’avoue que de tout ce qui pouvait me stresser, c’était le fait que ma mère m’accompagne dans cette aventure qui était en tête de liste.
Ma mère c’est une soie, mais j’avais peur qu’on se chicane, qu’on ne s’entende pas bien, qu’on s’étouffe. Ma mère elle n’est pas une voyageuse. Elle le dit elle-même. Elle a vu l’occasion de se rassurer en étant avec moi et de “profiter de mon expérience” de voyage.
En toute honnêteté, je n’ai pas l’impression d’avoir fait grand-chose. Pour moi, réserver un resto en ligne, acheter une carte de bus, voyager en transport en commun, c’est assez simple. Mais ça a rassuré ma mom de me savoir en charge.
Toujours est-il que je suis finalement bien contente d’avoir vécu cette aventure avec elle. Pas parce que j’avais besoin de quelqu’un. Plutôt parce qu’y a vécu un moment privilégié avec elle. Ça s’est bien passé une fois, ça peut se passer bien plusieurs autres fois!
J’en reviens à mon voyage d’Éclopée, je souhaite être honnête et dire que malgré tout le beau de cette expérience, il y a tout de même des choses que j’ai trouvées difficiles.
Les limites: ça me fait de la peine de voir et de vivre mes limites. J’avais un peu espoir que ça allait disparaître avec le temps. Ou du moins qu’elles allaient prendre des vacances. À plusieurs reprises pendant le voyage, j’ai dû battre en retraite et écouter mon corps. Je n’avais plus d’énergie pour faire ou voir autre chose. Ce n’est pas par manque d’intérêt ou par ennui qu’on retournait se reposer à l’hôtel. C’est parce que mes jambes ne suivaient plus. Je sais qu’il était plus sage que j’écoute mon corps sans le pousser à bout. Mais disons que c’est dans ces situations que j’ai davantage “subit” ma condition.
Cerveau-partagé: de tous les musées présents dans la ville, je souhaitais absolument visiter le Musée canadien de la guerre. Ce jour-là j’ai battu un record: 10 240 pas au total dans ma journée. Je ne me rappelle même plus c’est quand la dernière fois que j’ai fait 10 000 pas dans une journée. Sans doute avant le 10 mars 2024.
J’ai apprécié les expo, le contenu, l’aménagement (y’avait des bancs et des chaises partout et laissez-moi vous dire que j’ai laissé l’empreinte de mes fesses dans presque tous les sièges du musée).
Je remarque cependant que je n’ai pas profité pleinement de mon expérience muséale. Moi qui normalement aurais ouvert grand les fenêtres et les portes de mon cerveau pour amasser le plus d’informations, d’images et de dates possibles, là il y avait une barrière. Une grosse partie de mon cerveau était occupée à gérer mon corps. L’endurance de mes jambes, les signaux de fatigue. La douleur. Je le fais au quotidien, mais là c’était la première fois que je devais le gérer en simultanée avec une activité. Chez moi j’alterne activité et repos. Là je devais me reposer pendant que j’essayais de me concentrer sur tous les stimulus autour de moi. Ce sont de nouveaux mécanismes à apprivoiser. Encore.
Je suis fière de m’être dépassée. De ne pas m’être laissée arrêter par la peur et l’anxiété.
J’ai osé. J’ai fait. Et ce n’est pas la dernière fois.



Oser c'est faire.
J'adore.
Je vais l'appliquer a ma vie je crois.
Tu m’as expliquée mieux que je l’aurais fait!
Tu verras, on s’habitue à voyager plus tranquillement et à aimer ça…