Orgasme et papier bulle
Attention: FRAGILE
J’ai cette idée qui me travaille depuis quelque temps. Un bourdonnement juste assez présent pour dire que je peux fonctionner sans trop y porter attention, mais pas assez silencieux pour que je puisse l’ignorer. J’aime bien me faire croire que je suis ouverte, que je n’ai pas de tabou, mais c’est un mensonge qui est en train de me rattraper.
Si j’’ai été insouciante pour vous partager ma drôle de péripétie avec ma douche-téléphone, je me dis que je peux bien m’ouvrir sur ma recherche de …
Papier bulle.
Ça y est je l’ai dit. PAPIER BULLE!!!
Non, ce n’est pas un nouveau fétiche sexuel à la mode. C’est plutôt la meilleure image que j’ai trouvée pour expliquer ce que je voudrais dans ma vie intime d’Éclopée.
Vie intime. Vie sexuelle. Sexualité. Plaisir partagé. Rencontre charnelle. Tout ça.
Cette sphère-là de ma vie, elle n’est pas du tout fluide. C’est un peu comme la conduite automobile, je n’ai pas repris ça activement. Et même je dois dire honnêtement qu’il y a eu d’activités routières que sexuelles dans la dernière année.
J’ai peur. J’ai peur de rencontrer un ou des nouveaux partenaires. Je ne me sens pas à l’aise de recontacter des partenaires avec qui j’ai déjà eu des moments d’intimité. C’est plus profond qu’une pression de performance. C’est exposer une vulnérabilité que je ne connais pas tout à fait encore, dans un corps qui ne m’appartient pas au complet. (on salue ici les 10 livres de métal qui me composent maintenant).
Avant la collision, j’avais trouvé une espèce de « routine », une façon de faire ou d’être dans un lit. J’ai beau essayer de déconstruire mes scénarios, mes scripts pénétro-hétéro-normato-porno-machin-chose… reste que j’avais trouvé une manière de vivre ma sexualité qui, même si elle était sans doute calquée sur des fantasmes bon marché, me faisait me sentir bien. Me donnait une confiance en moi. En mes capacités de satisfaire l’autre. On dirait que je sais que je dois faire le deuil (encore un ) de cette facette de moi. Je ne sais pas trop comment m’y prendre.
Actuellement, j’ai beau me rappeler de ces patterns tant relationnels que sexuels, je n’ai pas nécessairement envie d’y retourner. D’une part, parce qu’on dirait que ça ne cadre pas avec la personne que je suis en ce moment. D’autre part, parce que je me demande si c’est déjà ça que j’ai voulu.
Le plus fou dans tout ça, c’est que mes blessures sont de nature osseuse. Mes organes sexuels sont fonctionnels, mais quand même un peu au chômage. Des fois je me dis que ce serait peut-être plus simple si j’avais une foulure du clitoris.
Et le plaisir solitaire dans tout ça ?Je n’ai pas récidivé avec la douche téléphone. Ni avec aucun autre jouet. Ni avec mes mains. J’ai comme un dégoût, un malaise de moi-même. Je tricote beaucoup cependant. Je me dis que ça ne peut pas nuire. Un jour, ça me servira peut-être.
J’aimerais qu’on m’enveloppe dans du papier bulle. Toute nue. Juste assez de papier pour sentir un peu, mais pas trop. Ne pas me sentir envahie par un trop plein de plaisir et de sensation.
Parce que j’ai peur de ce que je vais ressentir dans mon nouveau corps.
Parce que j’ai peur qu’on touche quelque chose que je n’ai pas encore eu le courage de toucher moi-même.



Ce texte m’a profondément touchée.
Pas seulement parce qu’il parle de sexualité, mais parce qu’il parle avec une immense justesse de ce moment où l’on ne reconnaît plus tout à fait son propre corps après qu’il ait traversé quelque chose qui nous transforme.
L’image du papier bulle est magnifique. Pas pour empêcher le plaisir, mais pour amortir l’impact. Pour avoir le droit d’être fragile sans avoir à redevenir immédiatement la personne qu’on était avant.
Et cette phrase :
« J’ai peur qu’on touche quelque chose que je n’ai pas encore eu le courage de toucher moi-même. »
Ouf.
Merci pour cette vulnérabilité, cette honnêteté et cet humour qui rendent même les sujets les plus délicats profondément humains.
tricote ma chum tu vas voir ça fait des miracles