La tablée
Ce week-end je suis allée à une fête surprise organisée à l’occasion des 30 ans d’un ami.
Je pourrais vous faire un exposé sur comment le crayon Sharpie part mal au lavage. Je pourrais vous dire qu’un burger dans une assiette en carton c’est réconfortant. Je pourrais aborder en détail à quel point je n’ai aucun réflexe lorsqu’il s’agit d’éviter un ballon de volley-ball lancé trop près.
Entre deux bouchées, ça m’a frappé. Tout le monde réuni autour de la table avait un point commun : le fêté. Mais la plupart d’entre nous partageait un autre point commun. Un lien qui ne s’efface pas. On s’est tous rencontrés en résidences universitaires. On a vécu ensemble pendant quelques années.
Une proximité parfois surprenante, des partages inusités, mais un lien qui, lui, est plus fort que le Sharpie sur ma peau : ça ne s’efface pas. Pas du tout.
Je n’ai pas parlé de ce que je sentais pendant la soirée. J’étais assise au bout de la table en bonne matriarche de composition. J’étais silencieuse, j’essayais de suivre toutes les conversations en même temps.
J’ai vu le temps qui passe. Les saisons qui s’accumulent sans bruit.
Les blondes des boys enceintes. L’achat d’un condo par l’un. Les projets de voyage de l’autre.
La gang. On est des adultes.
Moi, je suis l’aînée du groupe. 5 ans de plus, vous me direz que ce n’est pas la mer à boire. Mais j’ai quand même l’impression d’être parfois moins accomplie. Moins adultes qu’eux. Pendant la fête, c’est pas de la pression sociale que je ressentais. C’était de la fierté. La fierté de voir où est tout le monde. Quels chemins ils et elles ont pris. La fierté de les connaitre. De les appeler « mes amis ».
On était tous autour d’un agencement hétéroclite de tables et chaises à manger nos burgers dans nos assiettes en carton.
Je nous ai revus il y a plusieurs années (et pourtant ça ne me semble pas si loin) autour de la table grinçante de notre cuisine commune. À se battre pour des pointes de pizza. À s’organiser des déjeuners communautaires. À parler jusqu’à pas d’heure.
Les échanges philosophiques. Les blagues douteuses. Les mauvais coups. Les accolades franches. Les photos de groupe qui sont tellement compliquées à prendre.
Mais c’est beau.
Je suis reconnaissante de vivre ça.
D’être témoin.
De faire partie.
J’ai repris une deuxième assiette. Pas tant parce que j’avais faim. Plutôt parce que je n’avais pas fini de contempler.



J’ai aussi bien apprécié qui décrit parfaitement ce que j’ai vécu à la vingtaine presque chaque année chez l’une ou l’autre de mes copines du bac, en Suisse, depuis 1962… Même si nous avons vieilli , la joie de se revoir chaque fois est toujours aussi vive et vraie❣️ c’est génial👍
Oh, c'est un texte réellement touchant ! C'est magnifique de voir des liens qui perdurent ainsi !