Évaporé
J'ai les yeux plein de brume
Un jour, j’ai voulu faire des boutures de ma plante préférée. J’ai coupé là où il y avait des nœuds. J’ai gardé la bonne longueur de tige. J’ai mis dans l’eau. Puis, un jour, j’ai oublié. La bouture est morte de soif. L’eau s’était évaporée.
Comme toi.
Un jour t’es débarqué dans ma vie. Par une sortie de secours.
T’es venu faire des ravages en me faisant du bien. Des heures perdues. Des secondes espérées.
Des croix dans mon agenda chaque fois.
“XXX” pour le cul ou les bisous, je ne sais plus très bien.
J’ai confondu les parenthèses que tu affectionnais tant avec mes espoirs en forme de points de suspension.
Il y a les promesses que l’on ne tient pas. Il y a les promesses qu’on espère honorées. Entre les deux il y a eu des visites éclairs du dimanche après-midi. Des coïts dominicaux aux allures de rédemption mouillée.
J’ai cherché à me protéger de toi. J’ai créé du vide entre nous. Je trouvais trop difficile de ne pas être l’élue. Je trouvais ça absurde d’être assise classe en arrière de ta copine. De lui sourire et de m’informer de son week-end. De savoir où était son homme dimanche. Dans mon lit.
Je voulais t’oublier, mais j’ai plutôt fait l’inverse. Je suis partie en mission d’espionnage industriel.
Je t’ai épié. Je t’ai cherché. J’ai bâti des réseaux des concepts. J’ai tracé tes routines. Je suis devenue ton fantôme.
Je suis devenue l’ombre de moi-même. J’ai lu Passion Simple d’Annie Ernaux comme un antidote. Chaque chapitre lu était un pas de plus à l’opposé de toi. Je voulais casser les aimants qui nous liaient.
Tu as sans doute compris mon manège. Tu m’as effacé de ton téléphone. J’ai encore nos échanges et des photos intimes. Je n’arrive pas à m’en débarrasser. Est-ce parce que je suis une fervente collectionneuse d’intimité? Ou parce qu’une part de moi se dit que ça peut toujours servir de preuve? Preuve de quoi? Preuve de ma bêtise?. Sans doute.
Tu m’as bloqué du site de rencontre où on s’est trouvé.
Tu as fermé ta page Facebook.
Tu t’es évaporé.
Il ne reste que de minces traces de toi dans le tiroir de ma table de chevet et dans mon téléphone. Je n’ai pas le courage de jeter tout ça. Un jour.
Un jour, j’ai voulu faire de l’espace pour de nouveaux bourgeons. J’ai coupé les ponts. J’ai offert ce qu’il y avait de soleil disponible. J’ai mis dans l’eau. Puis, un jour, j’ai fleuri. La fleur est morte d’amour. L’amant s’était évaporé.
Mais un petit bourgeon revint à la vie.



J’espère sincèrement que c’est juste une fiction… parce que sinon, accepte jamais d’être la miette émotionnelle d’un homme.
Sacres-moi ça aux vidanges. Tu mérites d’être le repas complet, pas les miettes laissées sur la table d’un gars incapable d’aimer comme du monde.
Bises
Beau récit d'apprentissage. Le texte montre surtout un déplacement intérieur : de l’obsession vers une forme de lucidité, puis vers une reprise de vie symbolisée par le bourgeon final. Ce n’est pas une histoire à morale simple, mais un processus de transformation, où la relation devient un révélateur autant qu’une perte. J'ai beaucoup aimé te lire. Et entre toi et moi, c'est une vraie chance qu'il soit disparu de lui même de ton environnement. Il y a des expériences qui ne gagnent rien à s'éterniser.